Dimanche 1 novembre 2009
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Bagarres,
insultes, coups, menaces… Le football regorge de charmes trop souvent négligés. L’Ile-de-France, terre de foot, apporte sa contribution à la riche histoire du sport amateur. Une
histoire émaillée d’incidents, parfois dramatiques. Jusqu’au meurtre d’un supporter, le 7 février 1995, à la sortie du stade de Drancy. Pour prévenir d’éventuels débordements, la
police est régulièrement sollicitée lors des rencontres jugées à risque. Depuis 1999, les clubs disposent même "d’officiers référents" dans chaque département.
Le football, un sport violent ? « Une aberration historique, juge Patrick Wincke. Le football a été créé
pour éliminer la violence. La violence ne peut pas être générée par le jeu. » Selon lui, elle vient de la société. Depuis deux ans, il dirige l’Observatoire national de la violence dans le football amateur. Un poste
créé par le président de la Fédération française de football (FFF), Jean-Pierre Escalettes, investi en février 2005, qui a fait de la lutte contre la violence la priorité de ses
discours. Dans les actes, par contre, les effets se font attendre.
La FFF en est encore au stade de l’audit. Un nouvel outil statistique, mis en place au début de la saison 2006-2007, collecte les "incidents" constatés par les centres départementaux de la
Ligue de football amateur (violences verbales, physiques et incivilités). Pour l’instant, 50 centres (sur 124) collaborent à cette expérience. Au 1er janvier, ils avaient recensé 1897 "incidents", dont 644 concernent des arbitres. Dans l’impossibilité d’établir une comparaison
avec les saisons précédentes, le seul progrès notable consiste dans l’élaboration d’une nomenclature simplifiée (11 entrées, de la menace à l’aggression par arme blanche en passant
par le crachat), commune à tous. Un premier pas vers la réconciliation de la "famille" du football.
Car, malgré les incantations, « chacun est dans sa caste et personne ne fait
l’effort » de jouer collectif, se plaint Patrick Wincke. Arbitres, joueurs, entraîneurs
et dirigeants se soucient peu du sort des autres : « Quand un truc se passe mal, il y a
très peu d’arbitres qui discutent avec les joueurs. » Ce qui n’atténue en
rien « l’influence de l’entraîneur et de son comportement. Quand vous avez un fou
furieux sur la touche, il y a plus de chances de débordement qu’avec un mec serein. » Résultat : « Maintenant, le phénomène touche
tout le monde », jusque dans les ligues rurales les plus
reculées.
Démission collective
Mais il existerait des raisons d’espérer : « Il y a de super actions partout en France.
» Au registre des actions « intéressantes », Patrick Wincke
s’ennorgueillit de la généralisation prochaine d’un "protocole d’avant-match" comportant la lecture d’une charte, un serrage de mains et autres menus symboles. Il évoque
également le "permis de conduire une équipe", déclinaison sportive de la fameuse vignette à points, développé par certaines ligues de l’arc méditerranéen. Il
envisage des "fiches de signalement", au risque de systématiser la délation, sur le modèle du dispositif "Traviole", institué par la ligue rhône-alpine. Maigres
consolations... Pourtant, Patrick Wincke maintient que « nous serons légitimés par
les chiffres. »
Mais ces basses considérations mathématiques suffiront-elles à renouer avec les "vraies valeurs" du football ? Incertitude du sport mise à part, le doute est permis.
« Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il n’y a pas de violence excessive dans le monde du
sport. En revanche, il y a des incivilités permanentes et récurrentes autour des terrains », souligne Henri Didier, président de la commission régionale d’arbitrage à la Ligue de Paris-Ile-de-France de Football (LPIFF).
Il admet que « les gens fatigués ont du mal à se dominer. » Mais, selon lui, l’origine du mal est extérieure au terrain. Il pointe « une dérive de la part de gens qu’on ne contrôle pas. Pour moi, ça ne concerne pas le football, mais le
manque total d’éducation d’une certaine population. » Il plaint les
éducateurs, « choisis pour parer au plus pressé. Ils sont tout seuls.
» Les coupables sont connus : parents, institutions, « il y a une forme de démission collective. À mon époque, on n’aurait pas fait le dixième de ça ! »
On s’en serait presque douté. Conclusion attendue : « On ne peut vivre sainement que si tout le monde respecte l’ordre. » Le football amateur n’a sans doute pas fini de pâtir de l’ordre établi.
Retraits de points
Pour avoir longtemps porté le maillot noir sur les terrains d’Ile-de-France, Michel Cavilier, secrétaire général de la LPIFF, estime que quelque chose a pourri au royaume du
football amateur. « En 19 ans d’arbitrage, j’ai pas expulsé dix
garçons, se souvient-il. De mon temps, quand il y avait trois avertissements dans une rencontre, c’était dur. Maintenant, dix avertissements et trois exclusions, c’est
pas rare. »
Autres temps, autres moeurs ? « À l’époque on buvait beacoup plus. Le dimanche à 15
heures, les matchs étaient un peu plus chauds. Des spectateurs m’ont craché dessus. À Marseille, à Rouen, on m’a traité de cocu. Une fois, à Lille, on m’a jeté des pièces de cinq
francs. » Aujourd’hui, les "nique ta mère" ont remplacé
les "charlots" d’antan. Certes, la langue française y a beaucoup perdu. Mais, si l’on se réfère à la seule nature des incidents, le football amateur est
devenu « moins violent. On a moins de problème de bandes
», constate Michel Cavilier.
Selon lui, le problème est ailleurs : « C’est pas le football qui génère la violence,
c’est le comportement des gens. » Loin de manquer de cohérence, celui qui
scandait "il est interdit d’interdire" en 1968 persifle les « mômes qui n’ont
pas l’habitude d’avoir la vie serrée. » Et de blâmer une
société « décadente » peuplée « d’assistés
». Comment, dès lors, rétablir l’autorité érodée de
l’arbitre? « Les amendes, ils s’en foutent. Il n’y a qu’une chose qui marche : les
retraits de points. » Les chiffres, hélas, démontrent le contraire : en dix ans, le
nombre de sanctions prononcées par la Ligue – sur le terrain et en dehors – a augmenté de moitié.
Pour inverser la tendance, la LPIFF compte également sur « un encadrement de qualité
», capable d’endiguer le phénomène : un diplôme fédéral est désormais exigé pour
entraîner les moins de 13 ans et un « maillage » étroit d’Animateurs de foot de quartier composé de « gens des cités » vient renforcer les
éducateurs dans les zones réputées les plus sensibles. Pour enfoncer le clou, le code disciplinaire de la Ligue a été modifié cette saison, pour la première fois depuis dix ans.
Mais rien n’y fait. À croire que le problème vient d’ailleurs.
avec Septime Meunier
publié dans Sport à vif (avril 2007)